L’Espagne commence à transformer son atout en énergies renouvelables en investissements industriels majeurs dans l’hydrogène vert

L’Espagne apparaît depuis des années parmi les pays européens aux plus grandes attentes en matière de développement de l’hydrogène vert. L’abondance de ressources solaires et éoliennes, une industrie qui doit réduire ses émissions et la possibilité de produire de l’électricité renouvelable à des coûts compétitifs ont alimenté de nombreux projets. Le défi, cependant, a toujours été de transformer ce potentiel énergétique en installations industrielles capables de produire à grande échelle.

Certains de ces projets commencent maintenant à entrer dans une phase différente. Moeve a pris la décision finale d’investissement pour Onuba, la première phase de sa Vallée Andalouse de l’Hydrogène Vert à Palos de la Frontera (Huelva), tandis que Repsol développe des électrolyseurs de grande capacité associés à ses complexes industriels de Cartagena et Petronor, à Bilbao. Dans l’ensemble, ce sont des investissements qui montrent comment l’hydrogène renouvelable commence à se intégrer à la transformation de certains des principaux pôles énergétiques et industriels espagnols.

Le projet de Moeve est, par son volume, l’un des plus pertinents. La société a annoncé en mars un investissement supérieur à 1 milliard d’euros pour développer Onuba, qui disposera initialement de 300 MW de capacité d’électrolyse et envisage la possibilité d’ajouter 105 MW supplémentaires. L’installation fait partie d’un plan plus large que l’entreprise développe en Andalousie et dont la dimension finale dépendra de l’exécution des phases successives prévues.

La dénommée Vallée Andalouse de l’Hydrogène Vert prévoit deux grands centres de production à Huelva et San Roque, dans la province de Cadix. Si le projet complet atteint l’échelle annoncée, il pourrait atteindre 2 GW de capacité d’électrolyse et produire jusqu’à 300 000 tonnes annuelles d’hydrogène renouvelable. Ces chiffres correspondent cependant au développement global prévu et non à l’installation actuellement engagée à Huelva.

De la production d’électricité renouvelable à son utilisation dans l’industrie

L’intérêt économique de l’hydrogène vert réside en grande partie dans sa capacité à connecter la génération renouvelable avec des activités industrielles difficiles à électrifier directement. L’hydrogène produit par électrolyse à partir d’électricité d’origine renouvelable peut progressivement remplacer l’hydrogène obtenu à partir de combustibles fossiles, déjà utilisé par les raffineries et d’autres industries.

Il peut également être utilisé comme matière première pour produire des combustibles renouvelables et des dérivés destinés à des secteurs où l’électrification présente plus de difficultés. C’est pourquoi une part importante des projets espagnols se développe autour de complexes industriels existants, où il y a déjà une consommation énergétique, des infrastructures et une demande potentielle pour la nouvelle production.

Repsol suit précisément cette stratégie. La société a approuvé deux électrolyseurs de 100 MW chacun, liés à ses complexes de Cartagena et Petronor. Le projet de Cartagena représente un investissement de plus de 300 millions d’euros, tandis que celui de Petronor atteint 292 millions, selon les chiffres communiqués par l’entreprise.

Les deux projets bénéficient également d’un soutien public dans le cadre des programmes européens visant à promouvoir les technologies nécessaires à la décarbonisation industrielle. Repsol a indiqué que les deux électrolyseurs ont reçu ensemble 315 millions d’euros d’aides, en raison de leur reconnaissance en tant que projets d’intérêt commun européen important.

Ce soutien est pertinent car l’hydrogène renouvelable continue de faire face à un écart de coûts par rapport aux alternatives conventionnelles. Les aides publiques, les mécanismes de soutien européens et la création progressive de la demande industrielle font partie de l’effort pour réduire cet écart lors des premières étapes de développement du marché.

Une course industrielle européenne

L’Espagne n’est pas seule dans cette stratégie. L’Union européenne considère l’hydrogène renouvelable comme l’une des technologies nécessaires pour réduire les émissions de certains processus industriels et diminuer la dépendance aux combustibles fossiles importés. Bruxelles a développé ces dernières années divers instruments financiers pour accélérer les investissements et favoriser l’émergence d’un marché européen.

En mars 2026, la Commission européenne a approuvé un régime espagnol d’aides d’un montant de 440 millions d’euros destiné à soutenir la production d’hydrogène renouvelable. À ces ressources s’ajoutent d’autres programmes nationaux et communautaires visant à faciliter la construction d’électrolyseurs et à stimuler la demande.

Cependant, l’existence de financements ne garantit pas à elle seule le développement d’une industrie compétitive. L’hydrogène nécessite de grandes quantités d’électricité renouvelable, des infrastructures pour son stockage et son transport et, surtout, des acheteurs capables de s’engager à le consommer pendant des périodes suffisamment longues pour justifier les investissements.

Ce dernier point est devenu l’un des principaux défis pour de nombreux projets européens. Au cours des premières années de la course à l’hydrogène, des capacités très élevées ont été annoncées, qui ont ensuite rencontré des difficultés à atteindre des décisions d’investissement définitives. C’est pourquoi le passage des prévisions à l’exécution revêt autant d’importance que la taille initialement annoncée.

L’opportunité de construire une industrie autour de l’énergie

L’avantage espagnol peut aller au-delà de la simple disponibilité de soleil, de vent et de territoire pour produire de l’électricité. La question économique se pose quant à la part de la valeur ajoutée associée à cette énergie qui parvient à rester dans le pays.

Si l’hydrogène renouvelable est utilisé pour décarboniser les raffineries, produire des combustibles de nouvelle génération ou approvisionner certaines industries, la disponibilité énergétique peut devenir un facteur de localisation de nouveaux investissements. Autour des grands projets se dessinent en outre des opportunités pour les entreprises d’ingénierie, les fabricants d’électrolyseurs et de composants, ainsi que dans les domaines de la construction, de l’entretien, du stockage, de la logistique et des services spécialisés.

Ce phénomène industriel sera l’un des éléments qui détermineront le succès de la stratégie espagnole. Produire de grandes quantités d’électricité renouvelable et la transformer ensuite en hydrogène pour l’exporter constitue un scénario très différent de celui qui consiste à utiliser cet avantage énergétique pour attirer ou maintenir des activités industrielles sur le territoire.

Les projets de Moeve et Repsol devront encore prouver leur viabilité économique et respecter les calendriers prévus. L’hydrogène vert reste une industrie en construction, avec des incertitudes concernant les coûts futurs, la vitesse à laquelle la demande va croître et l’infrastructure nécessaire pour connecter producteurs et consommateurs.

Ce qui commence à changer, c’est la nature de certains projets. Après plusieurs années dominées par des objectifs, des annonces et des plans de capacités, certaines initiatives espagnoles mobilisent désormais des investissements et entrent dans des phases d’exécution. La possibilité pour l’Espagne de transformer sa force renouvelable en avantage industriel dépendra du nombre de projets qui parviendront à compléter ce parcours et de l’activité économique qu’ils seront capables de générer autour d’eux.

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