Aragon Photonics s’associe à Indra pour développer un système de surveillance des infrastructures sous-marines

Sept entreprises espagnoles portent le projet SIPRIS, qui combinera intelligence artificielle, robotique et capteurs à fibre optique afin de protéger des installations critiques sous-marines. L’entreprise aragonaise apportera une technologie capable de détecter des perturbations acoustiques sur plusieurs dizaines de kilomètres.

L’entreprise zaragozana Aragon Photonics participera au développement d’un système espagnol de surveillance et de protection des infrastructures sous-marines aux côtés d’Indra et de cinq autres entreprises technologiques. Formalisée le 4 novembre lors du salon international Euronaval 2026, à Paris, cette alliance réunit des compétences en intelligence artificielle, robotique, capteurs acoustiques et communications afin d’améliorer la détection des menaces en milieu maritime.

Le projet, baptisé SIPRIS, repose sur un protocole d’accord signé par Indra, SAES, UTEK, Aragon Photonics, Iqua Robotics, FYLA et Sateliot. Les entreprises travailleront à l’intégration de leurs technologies respectives afin de concevoir un système permettant de surveiller l’espace compris entre la surface de la mer et les fonds marins, où se trouvent des infrastructures essentielles aux communications et à l’approvisionnement énergétique.

La participation aragonaise revêt une dimension technologique spécifique. Aragon Photonics apportera son expertise en matière de capteurs acoustiques distribués par fibre optique, une technologie permettant d’identifier vibrations et perturbations sur de longues distances en utilisant la fibre elle-même comme élément de détection.

Une technologie développée à Saragosse pour surveiller les fonds marins

Fondée en 2004 et spécialisée dans l’instrumentation photonique, Aragon Photonics développe et fabrique des équipements capables de transformer des réseaux de fibre optique en systèmes de détection distribuée. Parmi ses solutions figure HDAS (High-Fidelity Distributed Acoustic Sensor), fondée sur une technologie brevetée de détection acoustique haute fidélité.

Son fonctionnement permet d’enregistrer des variations acoustiques en différents points d’une infrastructure de fibre optique, sans devoir installer des capteurs indépendants sur l’ensemble de son tracé. Appliquée aux câbles sous-marins, cette capacité facilite l’identification d’événements susceptibles de signaler une activité à proximité des installations surveillées.

Dans le cadre du projet SIPRIS, la technologie de l’entreprise zaragozana sera utilisée pour détecter des événements acoustiques sur des réseaux sous-marins de communications sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les informations recueillies pourront être combinées à celles provenant d’autres capteurs et plateformes de surveillance afin de dresser une vision plus complète de l’environnement.

La présence d’Aragon Photonics dans ce domaine s’inscrit dans une continuité. En janvier 2026, des représentants de l’entreprise ont participé à Bruxelles à une session organisée par l’Agence européenne de défense afin de présenter leurs capacités de détection distribuée dans le cadre de l’initiative européenne Critical Seabed Infrastructure Protection (CSIP). L’entreprise avait alors expliqué comment sa technologie pouvait utiliser des fibres optiques déjà déployées pour détecter des anomalies et d’éventuelles menaces visant des installations sous-marines.

Ce précédent inscrit l’intégration au projet SIPRIS dans le prolongement d’une activité déjà engagée dans l’exploration d’applications liées à la défense et à la protection des infrastructures critiques à l’échelle européenne.

Sept entreprises pour intégrer capteurs, drones et intelligence artificielle

Indra assurera la coordination du projet et la définition de l’architecture technologique. L’entreprise utilisera sa famille de systèmes de mission navale SEADEF ainsi que la plateforme IndraMind, dédiée au traitement et à l’exploitation de l’information par l’intelligence artificielle. Elle apportera également des capacités en matière de véhicules aériens sans pilote et de gestion des communications.

Les autres entreprises développeront des fonctions complémentaires. SAES intégrera ses systèmes d’acoustique sous-marine et de traitement sonar, tandis qu’UTEK travaillera sur des véhicules autonomes de surface capables d’étendre les zones de surveillance et d’inspection. Iqua Robotics prendra en charge les véhicules sous-marins sans pilote destinés à examiner directement les infrastructures et à détecter les anomalies.

FYLA apportera des technologies de communications optiques sous-marines afin de faciliter l’échange d’informations entre les équipements déployés sous l’eau. De son côté, Sateliot contribuera avec des systèmes de communication et d’information par satellite afin d’élargir la couverture des opérations.

L’objectif est de faire fonctionner ces technologies de manière coordonnée. Les capteurs permettraient d’identifier des activités ou des perturbations, les véhicules autonomes assureraient des missions de reconnaissance et d’inspection, tandis que les systèmes d’intelligence artificielle faciliteraient l’analyse croisée des données collectées.

L’alliance se trouve encore à un stade initial. Le protocole d’accord signé établit un cadre de coopération en vue de démonstrations opérationnelles ainsi que d’activités d’intégration et de validation avant une éventuelle commercialisation. Indra a également indiqué que SIPRIS resterait ouvert à de nouvelles entreprises et à des centres technologiques susceptibles d’apporter des capacités supplémentaires.

L’Europe renforce la protection des câbles sous-marins

L’initiative intervient alors que la sécurité des infrastructures sous-marines occupe une place croissante dans les politiques européennes de défense et de résilience technologique. Selon la Commission européenne, les câbles de télécommunications installés sous les océans acheminent environ 99 % du trafic internet intercontinental. À ceux-ci s’ajoutent les interconnexions électriques sous-marines, essentielles aux échanges d’énergie entre les pays et au raccordement des installations d’énergies renouvelables en mer.

Les incidents enregistrés ces dernières années ont conduit l’Union européenne à promouvoir de nouvelles mesures de prévention, de surveillance et de réponse. En février 2025, la Commission a présenté un plan d’action spécifique visant à améliorer la sécurité des câbles sous-marins. De nouvelles mesures ont suivi en février 2026, dont l’allocation de 347 millions d’euros à des projets stratégiques liés à ces infrastructures.

Le développement de SIPRIS s’inscrit dans ce contexte d’attention accrue portée à la sécurité maritime et à la nécessité de disposer de technologies européennes pour surveiller les infrastructures critiques.

Pour Aragon Photonics, cette participation permettra d’appliquer son expertise en fibre optique à un projet industriel réunissant des entreprises issues de différents domaines technologiques. La signature du protocole d’accord ouvre une phase de développement conjoint, dont le prochain objectif sera de démontrer que les systèmes des sept entreprises peuvent fonctionner de manière intégrée.

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