Ce qui était autrefois une barrière dégradée se transforme aujourd’hui en le plus grand projet européen d’intégration urbaine d’un fleuve: 32 millions d’euros d’investissement, 80 000 mètres carrés d’espace public, 2,5 km de lit rénové, 8 parcs fluviaux, des rues prioritaires pour les piétons, 190 000 arbres et arbustes. ZARAGOZA.- Le fleuve Huerva a été une présence discrète, presque invisible, dans la vie quotidienne de Zaragoza. Enclavé, en partie recouvert par l’asphalte et dégradé par la croissance urbaine du XXe siècle, cet affluent de l’Ebre est passé d’axe de vie agricole et sociale à une cicatrice urbaine. Aujourd’hui, le Huerva semble réapparaître peu à peu et entamer une seconde vie. Avec un investissement dépassant les 31,9 millions d’euros, financé par les fonds européens Next Generation EU, Zaragoza s’attaque à l’un des projets de régénération fluviale les plus ambitieux du sud de l’Europe. C’est une œuvre hydraulique mais aussi paysagère, une transformation structurelle entre la ville et son environnement naturel.
Un fleuve avec une histoire… et des dettes à rembourser
Né dans la Sierra de Cucalón, à Teruel, le Huerva parcourt presque 128 kilomètres avant de se jeter dans l’Ebre. Au fil des siècles, il a été un moteur agricole, un fournisseur d’eau et un témoin silencieux du passage des Romains, des Musulmans et des agriculteurs de la plaine zaragozane. Son nom, probablement lié à la racine “ur” —eau—, révèle son importance ancestrale. Ce rôle a changé de manière drastique entre 1925 et 1928, lorsqu’une partie significative du lit a été recouverte sous l’actuelle Gran Vía et le paseo de la Constitución. Cette décision, considérée aujourd’hui comme une erreur urbanistique, a relégué le Huerva à l’arrière-plan : caché, canalisé et traité davantage comme un égout que comme une ressource naturelle. La ville a grandi en lui tournant le dos.
Le Projet de Régénération du Fleuve Huerva naît avec l’intention de corriger cette fracture historique. Promu par la Mairie de Zaragoza, le Gouvernement d’Aragon et la Fondation Biodiversité du Ministère pour la Transition Écologique, le plan aborde le fleuve sous une perspective intégrale : environnementale, urbaine et sociale.
Ce type d’interventions répond à un nouveau modèle de ville européenne : plus verte, plus résiliente et plus habitables, comme le soulignent les analyses des médias spécialisés en durabilité urbaine. Zaragoza s’inscrit ainsi dans la tendance déjà suivie par des villes comme Vitoria, Paris ou Copenhague dans la récupération de leurs corridors fluviaux.
2025 et 2026, deux phases pour une transformation profonde
L’intervention se décline en deux grandes phases. La première, déjà achevée à l’été 2025, a posé les bases techniques du projet avec un investissement de 8,85 millions d’euros. Lors de cette phase, les réseaux d’assainissement ont été rénovés, un réservoir de tempête anti-pollution a été construit et le terrain a été préparé pour les interventions ultérieures.
La seconde phase, en cours jusqu’à fin 2026, concentre la majeure partie de la transformation urbaine et paysagère. Avec plus de 23 millions d’euros, elle concerne 2,5 kilomètres de lit, élargit le fleuve pour réduire le risque d’augmentation des débits et plante 190 000 arbres et arbustes indigènes, un chiffre qui transforme le Huerva en un nouveau poumon vert pour la ville.
Víctor Serrano, adjoint à l’Urbanisme : « cela ne va pas seulement changer la ville, cela va changer la relation des zaragozains avec un fleuve oublié : il s’agit du projet de régénération d’infrastructure verte le plus important d’Europe »
Huit parcs et un corridor écologique
Un des éléments les plus visibles du projet sera la création de huit parcs fluviaux. Cinq d’entre eux sont complètement nouveaux et représentent plus de 12 400 mètres carrés dans le premier tronçon du fleuve. Des espaces comme Sopesens, Bruno Solano ou Emperador sont conçus comme des zones vertes, des lieux de rencontre, de jeux et de repos, intégrés dans le tissu urbain.
Dans le second tronçon, des parcs historiques comme Villafeliche, le Parc Linéaire du Huerva ou la rive du Parc Bruil prévoient d’être rénovés pour améliorer l’accessibilité, la sécurité et la connexion avec le fleuve. L’idée est que le Huerva cesse d’être une frontière et devienne un axe structurant.
Plus qu’un projet, une philosophie urbaine
Au-delà de l’esthétique, de l’espace de loisirs et de l’aménagement des rues pour les personnes, le Projet Fleuve Huerva est une stratégie face au changement climatique, selon les propos des administrations promoteurs. L’élargissement du lit, les parcs inondables et la restauration de la ripisylve augmenteront la capacité du fleuve à absorber les épisodes de fortes pluies et amélioreront la biodiversité dans le cadre urbain, assurent-ils.
Lorsque les travaux seront achevés, Zaragoza aura récupéré un fleuve et plus encore : une partie de sa mémoire collective et un nouvel espace vert. Tout indique qu’il s’agira d’un corridor écologique, un axe structurant qui permettra de redécouvrir le fleuve Huerva, de le reconnaître, de l’apprécier, de le protéger. Transformer ce qui fut une erreur urbanistique du passé en un exemple de durabilité pour l’avenir.










