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7 marzo 2026

Susi la Profe : « Le talent n’est pas d’avoir de bonnes notes, mais de transformer sa curiosité en habitude »

La formatrice et influenceuse éducative Susi la Profe a participé au Tour du Talento qui se tient à Huesca avec un message clair pour les jeunes et les enseignants : le talent n’est pas quelque chose de réservé à quelques-uns, mais une capacité qui se cultive avec constance, accompagnement et formation continue. Dans cette interview, elle défend une éducation sans crainte de l’intelligence artificielle, revendique le rôle de l’enseignant comme référence et rappelle que le succès n’est pas de se démarquer des autres, mais de mettre ce que l’on sait faire au service des autres.

Le Tour du Talento est soutenu par la Fondation Princesse de Girona, l’édition à Huesca est co-organisée avec la municipalité de Huesca et la Fondation Ibercaja, en collaboration avec Ibercaja, Code Regional Directors, Amazon, Aramon Montañas de Aragón et le Ministère de l’Éducation du Gouvernement d’Aragon, ainsi que d’autres entités publiques et privées engagées dans le développement du talent des jeunes et la formation des enseignants dans la communauté.

Que signifie pour toi participer au Tour du Talento et faire partie d’une initiative qui se concentre sur le talent des jeunes ?

Pour moi, c’est un honneur et une responsabilité. Je travaille avec des jeunes depuis des années en classe et également sur les réseaux sociaux, et je sais que le talent n’est pas quelque chose d’extraordinaire que quelques-uns possèdent : c’est quelque chose qui nécessite un contexte, des opportunités et des adultes qui y croient.

Que penses-tu pouvoir apporter lors de ton passage au Tour du Talento en Aragon ?

Le Tour du Talento est un espace qui accueille l’expérience de nombreuses personnes et cherche à apprendre de chacune d’entre elles. Dans mon cas, grâce à mon expérience, je peux apporter une vision optimiste mais réaliste de l’éducation numérique, de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage par compétences. Il ne s’agit pas de nous effrayer face aux changements, mais de comprendre comment accompagner nos élèves.

Et surtout, je peux apporter un message clair : le talent n’est pas seulement obtenir de bonnes notes. C’est la curiosité, la constance, la créativité et la capacité à collaborer.

Que penses-tu que les jeunes ont besoin d’entendre en ce moment ?

Ils ont besoin d’entendre qu’ils n’ont pas besoin d’avoir tout clair dès maintenant.

Ils vivent dans un environnement de comparaison constante, sous pression pour se démarquer, exposés sur les réseaux… et cela génère beaucoup d’anxiété. Je pense qu’ils ont besoin d’entendre que faire des erreurs fait partie du processus, que changer d’idée n’est pas un échec et que le parcours professionnel n’est pas linéaire.

Mais ils ont aussi besoin d’entendre quelque chose de très important : qu’ils ont un talent. Tous. Même s’ils ne l’ont pas encore découvert ou s’il ne correspond pas à ce qui est traditionnellement valorisé.

Nous vivons dans une société qui leur vend souvent que le succès est individuel, que l’important est de se démarquer des autres ou de se concentrer uniquement sur soi. Et ça, loin de les rendre plus heureux, les laisse souvent plus seuls et insatisfaits.

Le talent n’est pas seulement obtenir de bonnes notes. C’est la curiosité, la constance, la créativité et la capacité à collaborer.

Le talent n’est pas destiné à être caché. Il doit être cultivé et mis au service des autres.

Quand un jeune découvre ce qu’il fait bien, il le cultive avec effort et le partage — que ce soit à travers la science, l’art, la technologie, l’éducation ou toute autre passion — il trouve quelque chose de bien plus profond que la reconnaissance : il trouve un sens. Et le sens est ce qui donne réellement le bonheur.

Le Tour parle de « jeunes talents en action ». Comment passer du talent à l’action dans le quotidien d’un étudiant ?

On y parvient lorsque le talent cesse d’être une idée et devient une habitude.

Un étudiant passe du talent à l’action lorsqu’il organise son temps, lorsqu’il se fixe des objectifs modestes et réalisables, lorsqu’il demande de l’aide quand il en a besoin et lorsqu’il s’entraîne même quand il n’en a pas envie.

« Le talent n’est pas fait pour être gardé. Il est fait pour être travaillé et mis au service des autres. »

Le talent en action, ce n’est pas faire quelque chose de spectaculaire une seule fois, c’est faire de petites choses bien faites tous les jours.

Huesca mise sur la création d’un héritage avec ce Tour. D’après votre expérience, comment peut-on maintenir la motivation après la fin de l’événement ?

Les événements inspirent, mais l’héritage se construit au quotidien.

Pour rester motivé, je dirais qu’il faut trois choses : des références proches, des projets concrets et une communauté pour que les jeunes ne se sentent pas seuls dans leurs préoccupations.

Si ce qui se passe pendant le Tour se traduit par des discussions en classe, des projets interdisciplinaires ou de nouvelles opportunités de formation, alors l’impact perdure au-delà de ces journées.

Vous participez au Tour du Talent en tant qu’enseignante et communicatrice. Quel rôle joue aujourd’hui la formation continue des enseignants dans le développement des jeunes talents en Aragon ?

Elle est essentielle. Nous ne pouvons pas développer les talents des jeunes avec des enseignants déconnectés de la réalité que vivent nos élèves.

La formation continue n’est pas un complément : c’est une responsabilité professionnelle. Car les enseignants sont les références dont ils ont besoin pour découvrir et développer leurs talents. Nous sommes des exemples. Nous sommes une autorité. Et cette autorité ne découle pas de notre fonction, mais de notre cohérence, de notre préparation et de notre engagement.

« L’intelligence artificielle n’est pas une mode passagère, c’est un changement structurel. »

Souvent, le talent s’active lorsqu’un enseignant regarde un élève et lui dit : « Je vois quelque chose en toi ».

La formation continue nous permet de mieux comprendre comment les jeunes apprennent aujourd’hui, d’intégrer des outils avec discernement, de les accompagner dans un monde traversé par l’intelligence artificielle… mais elle nous éduque aussi davantage.

Lorsqu’un enseignant se forme, il n’améliore pas seulement sa pratique : il élargit l’horizon de ses élèves et si nous voulons des jeunes talentueux en action, nous avons besoin d’enseignants en action.

L’Aragon présente une réalité éducative diversifiée, avec des centres urbains et un vaste réseau d’écoles rurales. Quels défis spécifiques voyez-vous pour les enseignants aragonais et comment la formation peut-elle les aider à les relever ?

La diversité est un défi et une richesse. Dans les contextes ruraux, les enseignants assument souvent de multiples rôles et travaillent avec des groupes hétérogènes. Cela exige des méthodologies flexibles et beaucoup de créativité. Dans les environnements urbains, les défis peuvent être davantage liés à la diversité culturelle ou à la fracture numérique.

« La clé n’est pas d’interdire la technologie, mais d’éduquer à son utilisation responsable et judicieuse. »

La formation peut aider en proposant des stratégies d’attention à la diversité, des ressources numériques accessibles et des espaces d’échange entre enseignants pour partager les bonnes pratiques.

Le réseau entre enseignants est fondamental, en particulier lorsque le contexte géographique peut générer un isolement.

D’après votre expérience, quelles compétences la formation des enseignants devrait-elle aujourd’hui intégrer pour mieux connecter avec les élèves ?

Je dirais cinq compétences fondamentales :

  1. Compétence numérique critique (non seulement utiliser les outils, mais aussi les comprendre).
  1. Éducation à l’intelligence artificielle.
  1. Communication et art oratoire.
  1. Conception de situations d’apprentissage compétentielles.
  1. Éducation aux affects et accompagnement.

L’enseignant n’est pas seulement un transmetteur de contenus : il est un guide et un conseiller, il est une référence.

Étudiants lors du Tour du Talent 2026 à Huesca

On parle souvent du talent des élèves, mais moins souvent du talent des enseignants. Comment détecter, entretenir et renforcer le talent des enseignants en Aragon ?

Tout d’abord, en le reconnaissant publiquement. Le talent des enseignants est souvent invisible. Il existe des enseignants innovants, créatifs, capables d’avoir un impact énorme, mais qui travaillent dans l’ombre.

« Le talent en action, ce n’est pas faire quelque chose de spectaculaire une fois, c’est faire de petites choses bien faites tous les jours. »

Pour le valoriser, il faut créer des espaces où ils peuvent partager leur travail, leur donner une réelle autonomie dans les établissements et encourager les communautés professionnelles d’apprentissage.

Lorsqu’un enseignant se sent valorisé, son impact est décuplé.

Dans un contexte de surcharge et d’épuisement professionnel, la formation peut-elle également devenir un outil pour prendre soin du bien-être des enseignants ?

Oui, à condition qu’elle ne devienne pas un fardeau supplémentaire.

Une formation qui inspire, qui est en phase avec la réalité de la salle de classe et qui crée un sentiment de communauté peut être revitalisante. Elle vous rappelle pourquoi vous êtes enseignant.

Mais elle doit être utile, pratique et respecter le temps des enseignants. Si elle est envisagée comme un accompagnement et non comme une exigence bureaucratique, elle peut être un outil de prise en charge professionnelle.

Pensez-vous que le système actuel de formation des enseignants répond aux changements technologiques et sociaux que vivent les jeunes, en particulier avec l’irruption de l’intelligence artificielle ?

Nous progressons, mais pas au rythme exigé par les changements. Des efforts sont faits dans certains domaines, mais j’ai parfois l’impression que nous avons tellement de fronts ouverts à traiter que l’on n’accorde pas à cette question l’importance qu’elle mérite.

Par exemple, grâce à ma collaboration avec Amazon, j’ai découvert qu’ils ont mis à disposition de nombreuses ressources gratuites pour la formation des enseignants et des élèves en technologie sur leur site web amazonfutreengineer.es

L’intelligence artificielle n’est pas une mode passagère, c’est un changement structurel qui fait partie du contexte dans lequel vivent nos élèves. Nous avons besoin d’une formation qui aide les enseignants à comprendre ce qu’est l’IA, comment l’utiliser de manière éthique, comment enseigner aux élèves à l’utiliser comme un outil qui favorise leur apprentissage et ne le remplace pas. La clé n’est pas d’interdire, mais d’éduquer à une utilisation responsable et sensée.

Les réseaux sociaux ont changé la façon d’apprendre. Comment les enseignants peuvent-ils transformer cet environnement en un allié plutôt que de le considérer comme une menace ?

Je le vis chaque jour en tant que créatrice de contenu éducatif.

Les réseaux peuvent être une porte d’entrée vers la connaissance, un espace pour éveiller la curiosité et un canal pour diffuser l’information de manière accessible.

« Si nous voulons des jeunes talentueux en action, nous avons besoin d’enseignants en action. »

Le défi consiste à apprendre à discriminer les informations, à vérifier les sources et à gérer son temps. Mais surtout, la clé est d’apprendre à nos élèves à être de bonnes personnes dans le monde hors ligne, afin que lorsqu’ils auront accès aux réseaux sociaux, ils sauront être de bonnes personnes dans le monde en ligne. L’éducation aux vertus est l’un des principaux enjeux dont nous devons nous occuper, car si nous avons des élèves vertueux, nous avons des élèves qui savent s’organiser, qui savent utiliser les écrans de manière équilibrée, qui recherchent le bien, qui sont curieux et aiment apprendre, qui ne veulent pas perdre leur temps avec des choses futiles…

Remarquez-vous des différences lorsque vous expliquez les mathématiques sur les réseaux sociaux et lorsque vous vous adressez en direct à un auditorium rempli de jeunes ?

Bien sûr que je remarque une différence. Sur les réseaux sociaux, je n’ai que quelques secondes pour capter l’attention. Dans un auditorium, je bénéficie de l’énergie du moment, des regards, des réactions en temps réel…

Si un jeune Aragonais sortait de votre conférence avec une seule idée claire sur son avenir, quelle serait-elle selon vous ?

Dans mon cas, il s’agit avant tout d’une conférence pratique destinée aux enseignants, même si des élèves seront également présents. Concrètement, l’idée fondamentale que je souhaite transmettre est que, dans cette ère numérique dans laquelle nous vivons, nous ne devons pas avoir peur d’apprendre la technologie, l’intelligence artificielle… Au contraire, c’est d’autant plus important pour nous, les enseignants, de nous former afin de pouvoir donner un avis éclairé aux élèves, qui nous le demandent. Si nous voulons que nos élèves puissent utiliser correctement la technologie demain, c’est à nous de leur apprendre. Je veux qu’ils repartent avec l’idée que ce n’est pas si difficile et que cela en vaut la peine, car nous pouvons faire en sorte que nos élèves passent du statut de simples consommateurs de technologie à celui de créateurs et qu’avec la technologie comme moyen, ils puissent changer le monde s’ils le souhaitent.

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