Aragón renforce sa position dans l’industrie automobile espagnole face au défi de la relève générationnelle

L’automobile continue d’être l’une des grandes colonnes industrielles de l’économie espagnole, bien que le secteur traverse une transition de plus en plus complexe. L’électrification, la digitalisation, la transformation des chaînes d’approvisionnement et la pénurie de talents altèrent profondément un écosystème qui, pendant des décennies, a fonctionné sur des modèles industriels relativement stables.

Dans ce contexte, l’Aragon maintient une position particulièrement pertinente dans la carte automobile nationale. Bien que la Catalogne, l’Andalousie, la Communauté valencienne et Madrid concentrent la majeure partie de l’emploi du secteur, des communautés comme l’Aragon et la Navarre se distinguent par leur niveau de spécialisation élevé et par le poids structurel que l’automobile a au sein de leur économie industrielle.

Selon les données recueillies par Randstad Research, l’Aragon concentre environ 5 % de l’emploi total de l’automobile en Espagne, un chiffre particulièrement significatif si l’on compare avec le poids démographique de la communauté. Cette donnée reflète la consolidation d’un écosystème industriel construit au cours des décennies autour de la fabrication de véhicules, de l’industrie auxiliaire et d’un large réseau de fournisseurs liés à l’exportation ainsi qu’à l’innovation productive.

Le secteur automobile espagnol employait 553 000 personnes en 2022 et a atteint 579 000 occupés au premier trimestre de 2023, dépassant déjà les niveaux d’avant la pandémie avec une croissance annuelle proche de 4 %. Actuellement, environ 3 % de tous les travailleurs occupés en Espagne entretiennent un lien professionnel avec le secteur, ce qui confirme son poids stratégique au sein de l’économie nationale.

Cependant, derrière cette reprise agrégée, on commence à percevoir d’importantes transformations internes. La récente croissance de l’emploi provient essentiellement des activités de vente et de réparation de véhicules, qui enregistrent des augmentations proches de 7 % d’une année sur l’autre et génèrent environ 30 000 nouveaux postes de travail. En revanche, la fabrication de véhicules montre des symptômes de pression plus forte, avec une perte estimée d’environ 1 800 emplois lors de la dernière période analysée.

La dualité s’avère particulièrement pertinente pour des territoires comme l’Aragon, où coexistent de grandes installations industrielles et un vaste réseau de concessionnaires, d’ateliers et d’entreprises auxiliaires qui soutiennent une bonne partie de l’emploi lié à l’automobile. Tandis que l’activité commerciale et après-vente maintient son dynamisme, la fabrication fait face à un scénario beaucoup plus exigeant marqué par la transition vers le véhicule électrique, l’automatisation et la réorganisation globale des chaînes industrielles.

Le défi n’est pas uniquement technologique. Il est aussi démographique.

Le rapport de Randstad Research confirme un processus de vieillissement progressif de la main-d’œuvre du secteur. Seulement 26 % des travailleurs ont moins de 34 ans, tandis que les plus de 45 ans représentent déjà 47 % de l’emploi total. Depuis fin 2022, le groupe de travailleurs entre 45 et 54 ans dépasse même celui des 35 à 44 ans, un signe clair que le passage de témoin générationnel commence à devenir une question stratégique pour l’industrie.

En Aragon, où l’automobile a un poids industriel particulièrement élevé, cette tendance prend une dimension encore plus sensible. La communauté doit non seulement maintenir sa capacité productive et sa compétitivité à l’exportation, mais aussi garantir la disponibilité de profils techniques capables de s’adapter aux nouvelles technologies de fabrication, d’électrification et de digitalisation industrielle.

Il existe néanmoins un élément qui introduit une certaine marge d’optimisme. Bien que la main-d’œuvre vieillisse, l’emploi des jeunes travailleurs est précisément le segment qui enregistre les taux de croissance les plus élevés dans le secteur. L’automobile continue d’avoir un pouvoir d’attraction sur le marché du travail, notamment dans les domaines liés aux nouvelles technologies, à l’entretien avancé, à l’automatisation et aux services techniques associés à la mobilité.

Voici l’un des grands défis structurels pour des communautés industrielles comme l’Aragon : la formation.

L’étude indique que près de 40 % des travailleurs du secteur n’ont pas complété d’études professionnelles, une lacune qui limite l’adaptation à des processus de plus en plus sophistiqués sur le plan technologique. La transition vers des véhicules électriques et connectés exige de nouvelles compétences liées à l’électronique, aux logiciels, à la maintenance spécialisée, à l’analyse de données et à l’automatisation industrielle.

Cependant, l’évolution de la formation commence à montrer des signes de changement. Les études universitaires liées à la fabrication de véhicules ont crû d’environ 13 %, tandis que la formation professionnelle liée à la vente et à la réparation a augmenté d’environ 14 %. Cette donnée renforce l’importance croissante de la formation professionnelle industrielle et des programmes de reconversion continue comme des outils clés pour maintenir la compétitivité.

En Aragon, où l’écosystème automobile dépend en grande partie de la solidité de sa chaîne de fournisseurs, la connexion entre entreprises, centres de formation et administration publique se profile comme un des facteurs décisifs pour les années à venir. La transition industrielle ne repose plus uniquement sur la capacité de production, mais aussi sur la rapidité d’adaptation du capital humain.

La question est particulièrement pertinente à un moment où l’Europe tente de renforcer son autonomie industrielle face à l’Asie et aux États-Unis dans des domaines tels que les batteries, les véhicules électriques et les technologies associées à la mobilité. L’Espagne aspire à maintenir sa position parmi les grands fabricants européens, mais l’équilibre entre modernisation technologique et maintien de l’emploi industriel sera de plus en plus délicat.

Pour l’Aragon, cette transition représente à la fois une menace et une opportunité. La communauté possède une longue tradition automobile, un réseau industriel consolidé et une expérience d’exportation, mais elle est également confrontée à la nécessité de mettre à jour ses capacités de production et d’attirer de nouvelles générations de travailleurs vers une industrie qui n’a plus grand-chose à voir avec l’automobile d’il y a deux décennies.

L’automobile espagnole continue de croître en termes d’emploi et d’activité, mais le secteur commence à se transformer de l’intérieur. Et dans des territoires hautement spécialisés comme l’Aragon, cette transformation ne sera pas seulement industrielle. Elle définira également une bonne partie de son avenir économique et professionnel.

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