Indra contribue au développement d’un nouveau système de communications pour les chasseurs européens

Les avions de chasse européens ont besoin d’échanger de plus en plus d’informations avec d’autres aéronefs, des centres de commandement et différentes plateformes déployées lors d’une opération. La capacité à le faire de manière rapide, sécurisée et compatible entre les armées de différents pays est devenue l’un des éléments technologiques qui accompagneront l’évolution des chasseurs au cours des prochaines années.

L’Espagne participe, aux côtés de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, au développement d’un nouveau terminal européen destiné précisément à répondre à ce besoin. Le système, dénommé F-EMIDS (Fighter European Multifunctional Information Distribution System), fait partie du programme EMIDS 2, géré par l’Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement (OCCAR).

Le principal contractant est le consortium EuroMIDS, composé des entreprises européennes Hensoldt Sensors, Indra Group, Leonardo et Thales SIX GTS France. Le contrat pour débuter cette deuxième phase a été signé le 6 juillet dernier et le programme a tenu sa réunion de lancement à la fin du mois.

L’objectif est de développer un terminal commun européen capable de fournir des communications tactiques sécurisées et interopérables tant pour les avions actuellement en service que pour les futures plateformes de combat de sixième génération.

Du Link 16 à une nouvelle génération de communications

Les avions militaires modernes n’opèrent pas de manière isolée. Lors d’une mission, ils échangent des informations sur les positions, les menaces, les objectifs ou la situation tactique avec d’autres plateformes. L’un des standards fondamentaux pour réaliser cet échange est le Link 16, largement utilisé par les pays de l’OTAN et leurs alliés.

Les terminaux MIDS LVT actuels permettent d’accéder à ce réseau et sont présents sur des plateformes comme l’Eurofighter, le Rafale et le Tornado IDS/ECR, en plus de l’avion de transport A400M ou de certains avions de surveillance AWACS.

Le F-EMIDS est conçu pour remplacer progressivement cette génération de terminaux et élargir ses capacités. L’OCCAR souligne que le nouveau système devra permettre un échange de données plus rapide, améliorer le fonctionnement des réseaux et faciliter les mises à jour futures, tout en maintenant l’interopérabilité entre les forces armées européennes et leurs alliés.

La technologie repose sur une architecture radio définie par logiciel. Contrairement à des équipements dont les capacités dépendent davantage du matériel installé, cette approche permet d’introduire de nouvelles fréquences, modulations ou standards via des mises à jour logicielles, réduisant ainsi le besoin de remplacer physiquement les terminaux à chaque évolution des exigences de communication.

Deux réseaux simultanés et une capacité accrue de réception d’informations

Parmi les capacités prévues se trouve une nouvelle architecture cryptographique duale destinée à protéger les communications et la possibilité de travailler simultanément sur différents réseaux.

Une des technologies, appelée Concurrent Multi-Netting, permettra aux aéronefs de participer à la fois à plusieurs réseaux de communication. Une autre, Concurrent Contention Receive, vise à augmenter la capacité de réception d’informations dans des scénarios où le volume de transmissions est élevé.

Le terminal intégrera également une forme d’onde à large bande développée dans le cadre du programme européen ESSOR. Ce projet vise à ce que différents pays puissent utiliser leurs propres équipements radio tout en maintenant des normes communes qui leur permettent de communiquer entre eux.

L’interopérabilité est particulièrement pertinente en Europe, où les opérations aériennes impliquent souvent des aéronefs, des systèmes et des forces armées de plusieurs pays. Disposer de normes partagées permet à des plateformes différentes d’échanger des informations sans avoir besoin d’utiliser exactement les mêmes équipements.

Le rôle d’Indra

Dans le cadre d’EMIDS 2, Indra participera au développement de deux versions initiales du terminal. Le modèle F-EMIDS A.0 servira à valider le logiciel et les nouvelles capacités de communication, tandis que F-EMIDS B.0 sera le premier prototype physique.

Ce second démonstrateur disposera d’un traitement séparé pour gérer des informations classifiées, séparant les domaines où circulent des données sensibles de ceux destinés à des informations non classifiées.

Cette participation permet à Indra d’acquérir et de développer des connaissances liées à une technologie qui jouera un rôle de plus en plus important dans les futures réseaux de combat européens. La société espagnole travaille également dans d’autres domaines liés à la numérisation des opérations militaires, notamment des systèmes de commandement et de contrôle, des capteurs, la guerre électronique et des technologies liées à la future cloud de combat.

Cette dernière vise à connecter différentes plateformes et capteurs pour partager des informations lors d’une opération. Dans ce contexte, la capacité de communication entre avions, drones et d’autres systèmes revêt autant d’importance que les capteurs individuels installés sur chaque plateforme.

Un projet de quatre pays

Le programme a également une dimension industrielle et politique. L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie développent conjointement une capacité qui dépendait jusqu’à présent d’une génération antérieure de terminaux et de technologies.

L’OCCAR présente le projet comme une contribution à l’autonomie technologique européenne en matière de communications tactiques. L’objectif n’implique pas de développer des systèmes incompatibles avec les alliés : précisément l’une des fonctions fondamentales du F-EMIDS sera de maintenir le Link 16 et l’interopérabilité avec les forces de l’OTAN.

La différence réside dans la capacité accrue de l’Europe à développer, modifier et faire évoluer une technologie considérée comme critique pour les opérations militaires.

EMIDS 2 s’appuie sur une première phase au cours de laquelle une famille complète de terminaux a été définie. En plus du F-EMIDS destiné aux avions de chasse, il est prévu des H-EMIDS pour les hélicoptères, M-EMIDS pour les plateformes navales et S-EMIDS pour les systèmes terrestres.

Deux ans pour développer les premiers démonstrateurs

Le projet est encore en phase de développement. L’OCCAR fixe une période de deux ans pour l’EMIDS 2, durant laquelle les premiers démonstrateurs du F-EMIDS devront être produits et les bases technologiques nécessaires à son déploiement futur établies.

Une troisième phase serait responsable de faire progresser la production du terminal et son intégration dans les flottes européennes actuelles et futures. Par conséquent, il n’existe pas encore de calendrier d’implantation généralisée permettant de déterminer quand les différents chasseurs commenceront à l’utiliser opérationnellement.

Le développement coïncide avec un moment où l’Europe augmente son investissement dans la défense et cherche à renforcer certaines de ses capacités industrielles. Les communications sécurisées font partie de ce processus, car l’évolution des systèmes militaires dépend de plus en plus de la capacité à connecter des capteurs, des plateformes et des centres de décision.

Le F-EMIDS représente l’une de ces technologies peu visibles de l’extérieur d’un avion, mais fondamentales pour son fonctionnement au sein d’une opération conjointe. Le projet permettra de vérifier, au cours des deux prochaines années, si l’industrie d’Allemagne, d’Espagne, de France et d’Italie parvient à développer conjointement une nouvelle génération européenne de communications tactiques prête aussi bien pour les chasseurs actuels que pour les plateformes aériennes à venir dans les décennies à venir.

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