Le nouveau Véhicule d’Exploration et de Reconnaissance Terrestre (VERT) de l’Armée de terre espagnole pourra détecter des personnes à des distances allant jusqu’à 20 kilomètres et utilisera l’intelligence artificielle pour localiser, reconnaître et classifier d’éventuelles cibles. Ces capacités feront partie du SERT 2.0, le système développé par Navantia qui servira de cœur de capteurs et de gestion de l’information pour les 100 nouveaux VAMTAC ST5 commandés à Urovesa.
Le programme représente un investissement de 321,4 millions d’euros et confie le rôle de maître d’œuvre à l’entreprise galicienne Urovesa. Navantia a, de son côté, conclu avec cette société un contrat de 120 millions d’euros pour intégrer une centaine de systèmes SERT aux véhicules. Les deux entreprises avaient déjà collaboré lors d’une première phase du programme, qui avait permis de livrer 16 VERT à l’Armée de terre à la suite du contrat signé en 2014.
Cette nouvelle génération constitue un saut technologique par rapport à ces véhicules. L’une des évolutions les plus significatives concerne précisément la portée de ses capteurs. Selon les données fournies par Navantia, le nouveau système pourra détecter des personnes jusqu’à 20 kilomètres, contre environ dix kilomètres pour la première version.
Cet objectif est cohérent avec le rôle du VERT au sein des groupes de cavalerie : observer et reconnaître le terrain, localiser d’éventuelles menaces et transmettre ces informations aux autres unités, tout en maintenant le véhicule aussi éloigné que possible de l’exposition directe. La philosophie opérationnelle se résume en une idée qui accompagne le programme depuis ses premières phases : « voir sans être vu ».
Des capteurs et de l’intelligence artificielle sur un mât
L’élément le plus visible du SERT 2.0 sera une tourelle gyrostabilisée installée sur un mât télescopique. En élevant les capteurs au-dessus du véhicule, les opérateurs pourront observer le terrain tout en maintenant la plateforme à l’abri derrière des obstacles ou en tirant parti du relief.
Cet ensemble intégrera des caméras électro-optiques pour l’observation de jour comme de nuit, un télémètre laser, des systèmes de navigation inertielle et un GPS. Le véhicule disposera également d’un radar de surveillance terrestre, d’une station météorologique, de communications sécurisées et d’un système chargé de gérer et de distribuer les informations recueillies.
L’intelligence artificielle jouera un rôle croissant dans ce processus. Le SERT intégrera des outils destinés à accélérer la détection de cibles potentielles, puis à aider à leur reconnaissance et à leur classification. L’objectif est d’alléger la charge de travail des opérateurs face au volume d’informations généré par les différents capteurs.
L’entreprise espagnole GTD participe à cette partie du programme avec BOX-AI, un processeur vidéo fondé sur l’intelligence artificielle, conçu pour détecter, identifier et suivre des menaces en temps réel. La société a présenté cette technologie lors du salon Eurosatory 2026 à Paris, dans le cadre de sa participation au futur VERT.
Les postes destinés à l’observateur, au tireur et au contrôle du système de mission seront également interchangeables, une configuration visant à offrir davantage de flexibilité à l’équipage.
Un drone pour élargir le champ de surveillance
Le nouveau VERT ne dépendra pas uniquement des capteurs installés sur le véhicule. La configuration prévue par Navantia inclut également un drone captif, l’une des exigences fixées par l’Armée de terre pour cette deuxième phase.
Ce type d’aéronef reste physiquement relié à la plateforme, ce qui permet de le maintenir pendant de longues périodes au-dessus du véhicule et d’élever les capteurs à une altitude importante. Son intégration permettra d’étendre l’horizon de surveillance au-delà des capacités offertes par les équipements installés directement sur le mât.
Le véhicule sera également équipé d’une station d’armes téléopérée fournie par l’entreprise espagnole Escribano Mechanical & Engineering (EM&E), principalement destinée à son autoprotection. GTD fournira le processeur vidéo, tandis que d’autres fournisseurs participeront à différents composants que Navantia devra intégrer au sein du système complet.
La combinaison de capteurs terrestres, de caméras, de radar, d’intelligence artificielle et de moyens aériens illustre l’évolution de la reconnaissance militaire. La capacité ne dépend plus uniquement de l’observation à plus grande distance, mais aussi de la collecte d’informations provenant de différentes sources, de leur traitement rapide et de leur diffusion auprès d’autres unités afin de faciliter la prise de décision.
Cent véhicules d’ici à 2030
Navantia assurera l’intégration des systèmes dans ses installations de San Fernando, à Cadix. Les VAMTAC ST5 arriveront d’Urovesa avec certains éléments déjà installés, notamment la station d’armes téléopérée, et le SERT y sera intégré avant que les véhicules ne retournent à l’usine du constructeur afin d’achever le processus préalable à leur livraison au ministère de la Défense.
Le calendrier prévoit deux prototypes du SERT en 2026 et deux unités de présérie en 2027. L’essentiel des livraisons sera ensuite concentré entre 2028 et 2030.
Les 100 nouveaux véhicules permettront d’étendre cette capacité aux groupes de cavalerie de l’Armée de terre. Le VERT est conçu pour des missions de reconnaissance de combat et de reconnaissance en profondeur, de surveillance et de sécurité tactique, en fournissant des informations aux brigades qu’il soutient.
L’importance du programme réside donc moins dans la plateforme VAMTAC elle-même que dans les systèmes qu’elle emportera. Le véhicule devient un nœud mobile de collecte et de transmission de l’information, capable de combiner des capteurs déployés au sol et dans les airs, de traiter leurs données et de les partager avec d’autres unités. Sur un champ de bataille où les drones et les capteurs rendent les mouvements toujours plus difficiles à dissimuler, détecter plus tôt et transmettre rapidement cette information devient une capacité essentielle.










