La mécanique et la chimie, qui dominent déjà les ventes de l’Aragon vers le pays asiatique, figurent parmi les secteurs bénéficiaires de la réduction des droits de douane. Le marché indien conserve un poids limité dans les exportations aragonaises et l’accord doit encore achever le processus nécessaire à son entrée en vigueur.
L’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et l’Inde pourrait modifier les conditions d’accès des entreprises aragonaises à l’un des plus grands marchés mondiaux. La réduction progressive des droits de douane concerne des secteurs qui occupent une place importante dans l’économie aragonaise, tels que les machines, l’industrie chimique, les composants automobiles ou certains produits agroalimentaires.
Le point de départ reste toutefois modeste. Les exportations aragonaises vers l’Inde ne représentent encore qu’une très faible part du commerce extérieur de la Communauté, tandis que les importations en provenance du pays asiatique sont nettement plus élevées. Cet écart reflète à la fois la présence encore limitée de l’Aragon sur le marché indien et le potentiel existant pour que davantage d’entreprises explorent cette destination.
L’Union européenne et l’Inde ont conclu les négociations relatives au traité le 27 janvier 2026. Selon la Commission européenne, l’Inde supprimera ou réduira les droits de douane sur 96,6 % des exportations de biens de l’UE, une fois les différents calendriers de libéralisation achevés. Bruxelles estime que les entreprises européennes pourraient économiser jusqu’à 4 milliards d’euros par an en droits de douane.
L’accord n’est pas encore entré en vigueur. Les textes publiés sont soumis à un examen juridique et le traité ne deviendra contraignant qu’après sa signature et l’achèvement des procédures internes nécessaires par les deux parties.
Les machines et la chimie dominent déjà les ventes aragonaises vers l’Inde
La structure des exportations aragonaises vers ce pays permet d’identifier deux secteurs particulièrement exposés aux évolutions tarifaires. Selon une analyse publiée par le gouvernement d’Aragon à partir des données des douanes, la fabrication de machines et d’équipements a concentré 26,6 % des ventes aragonaises vers l’Inde en 2025. L’industrie chimique occupait la deuxième place, avec 18,6 %.
Ces deux secteurs figurent parmi les bénéficiaires de l’accord commercial. Dans le domaine des machines, l’Inde libéralisera environ la moitié des droits de douane dès l’entrée en vigueur de l’accord et supprimera progressivement les autres sur des périodes pouvant aller jusqu’à dix ans. De manière générale, la Commission européenne indique que les droits actuellement appliqués aux machines et équipements électriques peuvent atteindre 44 % et disparaîtront pour la quasi-totalité de ces produits.
Dans le secteur chimique, où les droits de douane peuvent actuellement atteindre 22 %, leur suppression concernera presque tous les produits, dont une grande partie dès l’entrée en vigueur du traité.
La correspondance entre ces secteurs et les principales exportations actuelles de l’Aragon vers l’Inde fait de la réduction des barrières un élément important pour les entreprises déjà présentes dans le pays comme pour celles qui envisagent d’y entrer. Cela ne supprime pas les autres obstacles : la logistique, les formalités administratives, les différences réglementaires et la nécessité de disposer de partenaires ou de connaissances locales demeurent parmi les difficultés relevées par les organismes aragonais eux-mêmes chargés de soutenir l’internationalisation.
L’automobile bénéficiera d’une ouverture progressive
L’automobile constitue un autre domaine d’intérêt pour l’Aragon. L’accord prévoit une réduction progressive des barrières indiennes, tant pour certains véhicules que pour leurs composants.
Pour les pièces automobiles, la Commission européenne prévoit que la majorité des droits de douane disparaîtront sur des périodes allant de cinq à dix ans. Pour les véhicules finis, dont les droits actuels peuvent atteindre 110 %, une réduction à 10 % est prévue dans le cadre d’un contingent de 250 000 unités.
En Aragon, où l’automobile constitue l’un des principaux secteurs industriels et où existe un vaste réseau de fournisseurs liés à l’usine Stellantis de Figueruelas, l’évolution du marché indien pourrait intéresser particulièrement les fabricants de composants, d’équipements industriels et de technologies liées aux processus de production.
Il ne s’agit toutefois ni d’une ouverture immédiate ni d’une ouverture complète. Les calendriers fixés par l’accord imposent de distinguer les produits et les échéances, et l’accès au marché dépendra des stratégies commerciales de chaque entreprise.
De nouvelles conditions pour certains produits alimentaires
L’accord modifie également les conditions d’accès de plusieurs produits agroalimentaires européens, sans pour autant entraîner une libéralisation générale du secteur.
L’un des changements les plus notables concerne l’huile d’olive et d’autres huiles végétales, actuellement soumises à des droits pouvant atteindre 45 %, qui seront ramenés à 0 %. Les droits seront également supprimés pour certains aliments transformés, tels que les pâtes, le chocolat, les produits de boulangerie et de pâtisserie, auxquels peuvent actuellement s’appliquer des droits allant jusqu’à 50 %.
Pour le secteur agroalimentaire aragonais, ces réductions pourraient faciliter l’accès de certaines productions à plus forte valeur ajoutée. Leur impact réel dépendra toutefois de chaque catégorie de produits et de la capacité des entreprises à trouver des canaux de distribution sur le marché indien.
Parallèlement, l’Union européenne et l’Inde mènent des négociations distinctes sur les indications géographiques. Ce processus sera important pour les produits européens liés aux appellations d’origine et à d’autres labels de qualité, mais il ne fait pas encore partie de l’accord commercial conclu en janvier.
L’Aragon avait déjà mis l’Inde au centre de ses priorités
L’intérêt des entreprises aragonaises pour l’Inde est antérieur à la conclusion du traité. Aragón Exterior et la Chambre de commerce de Saragosse ont lancé en 2025 le Plan Inde, un programme destiné à soutenir les entreprises qui souhaitent démarrer, renforcer ou consolider leur activité dans le pays.
Les données alors utilisées par les deux organismes faisaient encore apparaître une présence entrepreneuriale limitée. Environ 150 entreprises aragonaises ont exporté vers l’Inde en 2024, mais seules 56 ont dépassé 50 000 euros de ventes. Cette année-là, l’Aragon a exporté pour 20,8 millions d’euros de marchandises et importé pour 277,5 millions d’euros de produits indiens.
L’initiative associe formation, conseil et accompagnement pour traiter des questions telles que la logistique, le cadre juridique, la recherche de fournisseurs ou de partenaires et l’implantation des entreprises. En avril 2026, Aragón Exterior a en outre organisé une journée spécifique consacrée au traité UE-Inde et à son calendrier d’application.
L’existence de ces programmes revêt une importance accrue face à un marché qui offre des opportunités, mais présente également des difficultés d’accès. La Chambre de commerce de Saragosse elle-même a notamment cité la bureaucratie, la complexité logistique et les différences de culture d’entreprise.
Un accord conclu durant l’Année duale Espagne-Inde
Le rapprochement commercial coïncide également avec une année marquée par une activité institutionnelle accrue entre l’Espagne et l’Inde. Les deux pays célèbrent en 2026 l’Année duale Espagne-Inde, à l’occasion du 70e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques.
L’initiative, convenue par les gouvernements des deux pays en 2024, s’articule principalement autour de la culture, du tourisme et de l’intelligence artificielle, tout en incluant également des activités économiques, scientifiques et universitaires.
Pour l’Aragon, ce nouveau contexte ne signifie pas que l’Inde deviendra immédiatement l’un de ses grands marchés extérieurs. L’écart avec ses principaux partenaires européens reste considérable. Le changement significatif réside dans les conditions d’accès : les secteurs qui exportent déjà depuis l’Aragon vers ce pays, notamment les machines et la chimie, bénéficieront d’une réduction substantielle de barrières tarifaires qui jusqu’à










