Les nouveaux centres de données devront couvrir chaque heure au moins 80 % de leur consommation électrique avec une production renouvelable supplémentaire, respecter des exigences accrues en matière d’efficacité énergétique et attester qu’ils fonctionnent dans des conditions de sécurité et de souveraineté numérique au sein de l’Union européenne. Le gouvernement prépare une réglementation spécifique pour encadrer l’expansion d’un secteur devenu l’un des principaux pôles d’investissement liés au développement de l’intelligence artificielle.
La future norme vise également à éviter que les demandes de connexion occupent la capacité du réseau pendant des années sans que les projets ne soient réalisés. L’exécutif souhaite prioriser les initiatives présentant une solide viabilité financière, une faisabilité technique et des garanties d’exécution, à un moment où la demande prévue pour les centres de données dépasse les prévisions initiales et entre en concurrence avec d’autres besoins industriels et énergétiques.
Une réglementation pour un secteur en expansion
Le gouvernement soumettra à une consultation publique, dans le cadre d’une procédure d’urgence, un projet de décret royal relatif aux exigences de durabilité énergétique et environnementale, de résilience et de souveraineté numérique applicables aux centres de données. La norme a été élaborée par les ministères de la Transition écologique, de l’Économie et de la Transformation numérique et pourrait encore subir des modifications au cours du processus de consultation.
Cette initiative répond à la forte croissance des projets liés à l’intelligence artificielle, au cloud computing et au stockage de données. Les estimations du secteur évaluent à environ 70 milliards d’euros les investissements qui pourraient être mobilisés en Espagne d’ici la fin de la décennie, bien qu’une grande partie de ce montant corresponde à des projets annoncés et non à des installations déjà construites.
Cette différence entre les annonces, les demandes de connexion et les projets réellement exécutés explique l’inquiétude du gouvernement. La prolifération d’initiatives pourrait engendrer une bulle d’attentes si la capacité électrique, les autorisations, le financement et les délais de construction ne permettent pas de développer simultanément toutes les installations prévues.
80 % devront être renouvelables et supplémentaires
L’une des principales nouveautés concerne l’approvisionnement électrique. Les centres de données d’une puissance supérieure à un mégawatt devront prouver qu’au moins 80 % de l’électricité qu’ils consomment provient de sources renouvelables pendant chaque heure de fonctionnement.
Il ne suffira pas de souscrire de l’électricité renouvelable déjà existante ou de présenter des certificats de garantie d’origine. Le projet intègre un critère d’aditionalité : chaque nouveau mégawatt de demande associé au centre de données devra être soutenu par un mégawatt de nouvelle génération renouvelable installé au cours des 18 mois précédant la mise en service de l’installation.
Cette obligation pourra être remplie par des installations propres ou par le biais d’accords de vente d’électricité à long terme, connus sous le nom de PPA. Toutefois, ces contrats devront démontrer qu’il existe une nouvelle capacité renouvelable liée à la consommation du centre de données et que cette production peut s’accorder avec la demande.
Exigence de 80 % restera en vigueur tant que les énergies renouvelables ne représenteront pas plus de 90 % du mix énergétique national. La proposition vise à éviter que l’arrivée de grands consommateurs n’oblige le système à recourir à une production fossile ou ne déplace de l’électricité renouvelable qui était déjà destinée à d’autres utilisateurs.
Une meilleure efficacité énergétique et en eau
Le décret royal élèvera également les normes d’efficacité énergétique et de consommation d’eau. Les centres de données de plus d’un mégawatt devront respecter les niveaux les plus exigeants et seront soumis à un système de classification similaire à celui utilisé pour l’étiquetage énergétique d’autres équipements et installations.
L’objectif est que l’expansion de la capacité informatique ne se traduise pas par une augmentation démesurée de la consommation d’électricité et d’eau. Cette question est particulièrement pertinente dans les centres destinés à l’intelligence artificielle, dont les charges de travail nécessitent une forte densité de puissance et des systèmes de refroidissement plus intensifs.
La réglementation établira également des critères de résilience pour garantir que les installations puissent maintenir leurs services en cas d’interruptions d’approvisionnement, de pannes techniques ou d’incidents de sécurité.
Le réseau électrique, principal goulot d’étranglement
L’accès au réseau est devenu l’une des principales limites au développement des centres de données en Espagne. Le gouvernement souligne qu’il existe actuellement environ six gigawatts de capacité dans le réseau de transport et six autres gigawatts dans le réseau de distribution destinés à ce type d’installations.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. La capacité des réseaux de transport et de distribution ne correspond pas automatiquement à 12 gigawatts disponibles pour une consommation simultanée, car ces deux grandeurs relèvent de niveaux différents du système électrique. Cependant, ils reflètent le volume des demandes et des réservations liées à un secteur en rapide expansion.
La Stratégie d’intelligence artificielle du gouvernement estimait que les centres de données auraient besoin d’une demande électrique comprise entre 3,5 et 4 gigawatts d’ici 2030. La quantité de capacité demandée ou réservée dépasse largement cette prévision, bien que toutes les demandes ne correspondent pas à des projets matures et qu’elles ne se concrétiseront pas nécessairement en consommation réelle.
L’exécutif a introduit des mécanismes pour éviter que les promoteurs réservent de la capacité pendant des années sans faire avancer la construction de leurs installations. Les demandeurs doivent identifier l’activité pour laquelle ils ont besoin de la connexion et assumer des coûts croissants tout en maintenant la capacité inutilisée. L’objectif est de libérer de l’espace pour les projets qui démontrent une réelle intention d’investissement et une capacité technique et financière à être exécutés.
Souveraineté numérique et contrôle des données
Les nouvelles exigences ne seront pas uniquement énergétiques. Le projet de décret royal intègre également des critères liés à la souveraineté numérique, une problématique de plus en plus pertinente à mesure que les centres de données soutiennent des services d’entreprises, des administrations publiques et des systèmes d’intelligence artificielle.
Les installations devront être opérées par des entités établies dans l’Union européenne et garder, sur le territoire communautaire, les informations relatives à leur fonctionnement. La norme vise également à limiter l’accès aux autorités de pays tiers lorsque cet accès n’est pas protégé par la législation européenne.
Les exigences seront particulièrement importantes pour les centres qui stockent des informations d’administrations publiques ou des données liées aux infrastructures critiques et à la sécurité nationale. La réglementation vise à éviter qu’une installation située physiquement en Espagne ne soit soumise, par la structure juridique de son opérateur, à des obligations permettant à des gouvernements étrangers d’accéder à des informations protégées.
Les promoteurs devront prouver initialement le respect de ces conditions par des déclarations responsables. Par la suite, des vérifications seront effectuées et les non-conformités pourraient entraîner des pénalités, des sanctions et, dans les cas les plus graves, la perte d’accès au réseau électrique.
Aragón prépare ses observations
La future réglementation revêt une importance particulière pour l’Aragon, qui a attiré ces dernières années de grands projets liés aux centres de données et à d’autres infrastructures numériques. La communauté dispose d’un terrain disponible, d’une capacité renouvelable significative et d’une position stratégique pour les connexions de télécommunications, mais elle doit également faire face aux limitations du réseau électrique et à la nécessité d’élargir les infrastructures.
Le gouvernement d’Aragon a annoncé qu’il présenterait les observations qu’il jugerait appropriées. La conseillère de l’Économie, de la Compétitivité et de l’Emploi, Eva Valle, a critiqué le fait que l’exécutif central n’ait pas encore transmis le brouillon aux communautés autonomes ni tenu compte d’elles lors de la préparation de la norme. La position du gouvernement aragonais est que partiellement, le problème actuel découle d’une planification insuffisante des infrastructures électriques pour répondre aux besoins futurs.










