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24 junio 2024

L’Aragon, royaume et couronne : sa naissance et son expansion

Avec cet article, Go Aragón inaugure une série de textes qui tenteront de dresser un portrait détaillé de la région. Ce premier volet se concentre sur son parcours historique, de sa naissance à son développement en tant que puissance européenne au Moyen Âge et au mariage des Rois Catholiques.

Avec cet article, Go Aragón inaugure une série de textes qui tenteront de dresser un portrait détaillé de la région. Ce premier volet se concentre sur son parcours historique, de sa naissance à son développement en tant que puissance européenne au Moyen Âge et au mariage des Rois Catholiques.

Ce texte est le premier d’une série de rapports avec lesquels Go Aragón entend rapprocher le lecteur des principales caractéristiques de la Communauté. De ses piliers à ses manifestations les plus caractéristiques, la série abordera des thèmes tels que l’histoire, l’économie, la culture ou les avancées scientifiques développées sur le territoire aragonais.

Le premier volet portera sur l’histoire de l’Aragon, un voyage qui débutera au IXe siècle car, bien qu’à l’intérieur des frontières actuelles de la région autonome le passé soit extrêmement riche, ce n’est qu’à cette époque qu’il acquiert une identité propre avec la naissance du comté et, par la suite, du royaume d’Aragon.

Ainsi, au milieu du Moyen Âge et dans la vallée pyrénéenne du fleuve du même nom – certains affirment que c’est là l’origine de son nom – est apparu ce qui fut le comté d’Aragon. Il est né dans le contexte des bornes défensives que l’empire carolingien a développées sur ses frontières, en l’occurrence pour se défendre contre d’éventuelles attaques des musulmans, arrivés dans la péninsule au VIIIe siècle.

Comme l’explique Sergio Martínez Gil, licencié en histoire et fondateur de la “startup” Historia de Aragón de l’université de Saragosse, cette région et d’autres, comme les Catalans, seront à l’origine des territoires dépendants de l’empire de Charlemagne qui, à la mort de ce dernier, acquirent une plus grande autonomie. “Même les dynasties comtales ont vu le jour, dans lesquelles chaque comte n’était pas choisi par le roi des Francs, mais se transmettait de père en fils”, ajoute-t-il.

Le premier document

C’est dans ce scénario que l’on trouve le premier document écrit conservé dans lequel le mot Aragon est mentionné. Il date de 828 et relate la donation faite par le roi de Pampelune, García I Jiménez, à une première version du monastère de San Juan de la Peña, lieu de culte et de légende du futur royaume. Le comte d’Aragon Galindo I a également participé à cette donation.

Ces dates signifient qu’en 2028, l’Aragon existera depuis pas moins de 1200 ans en tant qu’entité politique distincte. Cependant, cette première période de la comté, comme le qualifie Martínez par une analogie, “est un grand puzzle de 10 000 pièces” dont, pour le compléter, il faut disposer d’une centaine de pièces.

Près d’un siècle plus tard, le comté est intégré au royaume de Pampelune par le mariage d’Andregoto Galíndez, fille unique du comte Galindo II Aznárez, avec le roi navarrais García Sánchez I. Ainsi, jusqu’en 1035, les monarques de Pampelune sont également comtes d’Aragon, qui incorpore également les domaines de Sobrarbe et de Ribagorza au début du XIe siècle.

Ramiro I, roi d’Aragon

C’est en 1035 que le roi Sancho III El Mayor partagea ses possessions entre ses fils, de sorte que le comté d’Aragon échut à Ramiro Ier, considéré comme le premier monarque aragonais. Il ne s’est jamais appelé roi, mais “fils du roi Sancho” ; il convient de rappeler qu’il s’agissait d’un fils illégitime, hors mariage, mais il est considéré par tous comme roi d’Aragon”, explique l’historien à propos de ce régent qui a régné jusqu’en 1063.

Signature de Ramiro I. PHOTO : DARA

Le nouveau royaume d’Aragon était un territoire peu peuplé, situé dans une région montagneuse, dont l’économie reposait sur l’agriculture et l’élevage. Malgré la pauvreté de la région, également influencée par les difficultés de son orographie, “Ramiro I commencerait à construire les bases fondamentales de ce qui deviendrait quelques décennies plus tard une puissance régionale très importante”, explique Martínez Gil.

Avec ce premier règne, les bases de l’expansion de l’Aragon vers le sud et les politiques d’alliance avec les seigneurs du nord des Pyrénées, pactes avec lesquels ils parviennent à attirer des habitants et une force militaire, commencent à être jetées.

C’est d’ailleurs au cours de la tentative de prise de Graus que Ramiro Ier mourut en 1063. Son assassinat a été attribué à un agent de l’armée islamique qui, sachant parler le romani, a réussi à s’infiltrer dans le camp aragonais et a poignardé le roi à la tête, bien que des études récentes situent la blessure dans la poitrine, compte tenu des blessures qu’il avait subies. Toutefois, ajoute l’historien, sans cette attaque, le chef aragonais serait mort “peu après” des suites de la syphilis.

“Le règne de Ramiro Ier peut être décrit comme une tentative de légitimer une nouvelle dynastie – la maison d’Aragon – qui finira par être légitimée par son fils Sancho Ramírez et, surtout, de construire certaines bases de pouvoir pour attirer plus de gens, afin d’avoir plus de ressources économiques et démographiques pour tenter des campagnes militaires”, résume-t-il.

L’expansion d’un pouvoir dans le sud de l’Europe

Sancho Ramírez a obtenu le soutien du pape pour lancer ce qui est considéré comme “la première croisade de l’histoire”, c’est-à-dire celle qui a pris Barbastro aux taïfas de Saragosse, une ville “très importante” à l’époque, qui serait toutefois reconquise par les musulmans un an plus tard.

Par ailleurs, dans le cadre de son rapprochement avec l’Église, le nouveau roi aragonais réussit, lors de son voyage à Rome en 1068, à obtenir du pape qu’il légitime la dynastie et qu’il soit couronné roi. De cette manière, et grâce à la vassalité de Sancho Ramírez envers le pontife, l’Aragon s’ouvre à l’Europe.

Son règne est marqué par la création de la Charte de Jaca, qui attire une population et des professionnels et permet à la ville d’atteindre une population de 2 000 habitants. La construction de la cathédrale et le lancement du chemin de Saint-Jacques de Compostelle le long du Somport datent également de cette époque. Le passage des pèlerins est une bonne affaire et ils trouveront dans la présence du Saint Graal au monastère de San Juan de la Peña une incitation à opter pour cette alternative à Roncevaux.

“L’importance de la route de Toulouse pour la croissance du Royaume d’Aragon en seulement 40-50 ans est énorme”, souligne l’expert, qui voit dans ce facteur le centre d’attraction de la population qui a permis la conquête de Barbastro (bien qu’elle ait été perdue par la suite) et, plus tard, en 1096, celle de Huesca par la main de Pedro I.

Portrait d’Alfonso I El Batallador par Francisco Pradilla.

“Sancho Ramírez doit être considéré comme le véritable fondateur du royaume d’Aragon car, bien qu’il ait été initié par Ramiro Ier, c’est lui qui a jeté les bases de la création d’un royaume qui, une fois mort, a pu conquérir non seulement Huesca mais toute la moyenne vallée de l’Èbre en à peine 20 ans”, souligne Martínez Gil.

Curieusement, les trois fils de Sancho Ramírez qui atteignirent l’âge adulte finirent par régner. Tout d’abord, Pedro I, qui mourut sans descendance, puis Alfonso I El Batallador, qui mourut également sans descendance, et enfin Ramiro II El Monje.

La conquête de Saragosse

La conquête de Saragosse est le principal événement du règne d’Alphonse Ier (1104-1134). “C’est la confirmation totale et définitive, si ce n’est déjà fait avec la conquête de Huesca, que l’Aragon est une puissance très importante, surtout sur le plan militaire, dans le sud de l’Europe”, explique l’historien.

L’importance du passage de Saragosse aux mains des Aragonais réside dans le fait que la vallée de l’Èbre constituait une barrière démographique et qu’après sa conquête en décembre 1118, les grandes villes des environs tombèrent comme un château de cartes. Tarazona et Calatayud, cette dernière après la bataille de Cutanda, “l’une des plus décisives pour la conquête d’Al-Andalus”, sont quelques-unes des villes que le jeune royaume a incorporées.

La campana de Huesca”, de Juan Casado de Alisal.

Alphonse Ier se distingue également par son mariage avec Urraca Ier de León, qui aurait pu donner plusieurs siècles d’avance aux Rois Catholiques. Cependant, cette union n’a pas donné lieu à une descendance susceptible d’hériter des deux titres et le mariage a finalement été déclaré nul et non avenu par le pape.

Comme Pedro I, El Batallador est mort sans avoir eu d’enfants. Dans ce cas, à Poleñino, alors qu’il tentait de conquérir Fraga, en 1134. Une fois de plus, le royaume est contraint de chercher un frère pour régner, en l’occurrence celui qui deviendra plus tard Ramiro II. Les membres de la noblesse aragonaise, dit Martínez Gil, “pensaient qu’il allait être une personne facile à gérer, une marionnette entre leurs mains”.

C’est loin d’être le cas. En effet, Ramiro II, appelé El Monje parce qu’il faisait partie du clergé en tant qu’évêque de Roda, est le protagoniste de la légende de la cloche de Huesca, dans laquelle le nouveau roi décapite les nobles rebelles, avec des scènes quelque peu macabres, comme le fait qu’il utilise la tête de l’évêque de Jaca comme battant de cloche.

Le germe de la couronne

Ramiro II régna de 1134 à 1157 et sa fille Petronila naquit de son mariage avec Inés de Poitou. Elle épousa le comte de Barcelone, Ramon Berenguer IV, par un mariage qui fut à l’origine de ce que l’on appellera plus tard la couronne d’Aragon. Ainsi, son descendant, Alphonse II, régnera et détiendra les deux territoires, le royaume aragonais et la partie catalane.

C’est à partir du XIIIe siècle, et surtout vers le XIVe siècle, que le nom de Couronne d’Aragon devient populaire. C’est aussi à cette époque que le pouvoir ajoute des conquêtes comme Valence, Majorque et, plus tard, avec son expansion en Méditerranée sous les différents règnes de rois comme Jacques Ier.

L’influence de l’Aragon en Europe est alors considérable, notamment grâce à son poids en Méditerranée. La Maison d’Aragon devient ainsi “un facteur d’influence politique et militaire très important”, mais aussi commercial, pendant des siècles. Elle a été un facteur extrêmement décisif dans de nombreux aspects d’une grande partie de l’histoire médiévale européenne”, insiste-t-il.

Les conquêtes de la Sicile, de la Sardaigne, de Naples et, finalement, d’Athènes et de la Néopatrie sont la preuve de sa force. Ces deux derniers territoires sont d’ailleurs tombés dans l’escarcelle de la compagnie Almogavar et Pierre IV les a incorporés à la couronne, bien qu’ils soient restés sous domination aragonaise pendant à peine une décennie. Ils laisseront cependant une image à l’histoire : l’enseigne royale flottera pendant quelques années sur le Parthénon d’Athènes.

Le compromis de Caspe, un exemple de dialogue

Avec la mort de Martin Ier L’Humain en 1410 sans descendance, puisque tous ses fils sont morts avant lui, la couronne est confrontée à un nouveau défi : trouver un nouveau roi. La solution est trouvée dans le compromis de Caspe, qui choisit Ferdinand, de la maison castillane de Trastámara, parmi six candidats.

“Jusqu’alors, l’élection d’un nouveau roi sans guerre civile était sans précédent”, souligne Martínez Gil à propos de ce pacte, fruit de lois et d’un dialogue au début du XVe siècle.

La nouvelle dynastie, inaugurée avec Ferdinand Ier, a entraîné “un changement radical” qui s’est surtout manifesté avec le monarque suivant, Alphonse V d’Aragon. “Déjà avec les Trastamare, différentes formes de gouvernement commencèrent à apparaître, plus contraires à cette polarité d’un style pacifiste, qui essayait de contrôler davantage le pouvoir de la monarchie”, souligne Martínez Gil, qui fait référence à des changements tels que la disparition de la langue aragonaise en politique.

Cependant, c’est un Trastámara, Ferdinand II d’Aragon, trois siècles après Alphonse Ier, qui épousera la reine Isabelle Ire de Castille. Ce mariage marquera l’union dynastique qui sera le premier pas vers la formation du Royaume d’Espagne.

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