Aragon mise sur un tourisme plus responsable et proche des personnes. Le Plan de Durabilité Sociale du Tourisme d’Aragon est une initiative pionnière en Espagne qui vise à valoriser l’impact positif du tourisme sur les territoires, sur la vie des citoyens et sur la réputation du secteur. Pour connaître en détail ses objectifs, ses stratégies et ses résultats, nous avons parlé avec Fernando Martín, président de la Confédération des Entrepreneurs de l’Hôtellerie et du Tourisme d’Aragon, entité chargée de représenter le secteur économique le plus important d’Aragon, et qui est responsable de l’exécution du Plan.
Le Plan de Durabilité Sociale du Tourisme d’Aragon est une initiative pionnière en Espagne. Comment définiriez-vous son objectif principal en quelques mots ?
L’objectif principal du plan est de valoriser tout ce que le tourisme apporte aux territoires, aux personnes et à la réputation du secteur. Nous souhaitons que soit reconnu le fait que le tourisme ne génère pas seulement des revenus économiques, mais qu’il joue également un rôle décisif dans le bien-être des communautés locales et dans la projection positive d’Aragon comme destination. Notre slogan est “Respecte, profite, vis”, qui résume de manière simple mais profonde la philosophie du plan. Respecte signifie montrer de la considération pour les territoires, pour les personnes qui y résident, pour les visiteurs et pour les professionnels du secteur, en garantissant un traitement juste et responsable à tous les niveaux. Profite fait référence à l’exploitation et au plaisir de l’offre touristique, en favorisant des expériences enrichissantes tant pour les visiteurs que pour les résidents eux-mêmes. Et Vis implique que ce plaisir et ce respect se maintiennent dans le temps, assurant la continuité et la durabilité des expériences touristiques et des bénéfices qu’elles génèrent pour l’ensemble de la société.
Pour évaluer l’impact social du tourisme, notre approche combine une observation qualitative et un dialogue constant avec les différents sous-secteurs. Nous avons des réunions sectorielles avec des établissements thermaux, des campings, du tourisme rural et des agences de voyages, et analysons les expériences partagées par tous les acteurs impliqués. Nous ne nous concentrons pas uniquement sur les chiffres économiques, mais sur la manière dont le tourisme génère des emplois, contribue au bien-être des communautés, structure le territoire et aide à fixer la population, en particulier dans les zones rurales. Ces réunions et expériences nous permettent d’identifier des domaines à améliorer et de reconnaître des réussites, montrant que le tourisme peut être un moteur social et culturel important. Bien que des indicateurs quantitatifs rigides n’aient pas été définis, l’impact se reflète dans la qualité de vie des résidents, la satisfaction des visiteurs et la cohésion des communautés locales.
Le plan inclut un décathlon et des audits. Quel type d’engagements pensez-vous seront les plus simples et les plus difficiles à mettre en œuvre et comment les entreprises seront-elles soutenues pour y parvenir ?
Le décathlon est conçu pour valoriser le secteur de l’hôtellerie et reconnaître le travail des professionnels, en promouvant de bonnes pratiques qui s’appliquent dans différents sous-secteurs : campings, restaurants, hôtels et tourisme rural. Certains engagements, comme le respect des normes ou des conventions de travail, sont plus simples à mettre en œuvre car ils reposent sur des règles existantes qui nécessitent simplement suivi et sensibilisation. D’autres, comme le maintien de hauts standards de satisfaction au travail de manière constante et la promotion d’un environnement de travail respectueux et motivant, peuvent s’avérer plus complexes, car ils impliquent des changements culturels et de gestion interne. Pour soutenir les entreprises, nous réalisons des audits pilotes et des campagnes comme l’“Orgueil du Marin”, qui non seulement reconnaissent l’excellence, mais motivent également l’adoption continue de pratiques durables et de qualité. Cette approche aide à transformer les engagements en habitudes durables et non en mesures temporaires.
Quelles opportunités voyez-vous pour que l’hôtellerie aragonaise adopte davantage de produits locaux et durables sans que cela représente un coût supplémentaire insupportable pour l’entrepreneur ?
Nous promouvons l’économie circulaire et le concept de kilomètre zéro par la création de synergies entre entreprises, industries agroalimentaires et le Gouvernement d’Aragon. Cette collaboration vise à améliorer la commercialisation de produits locaux et durables, en garantissant qu’ils parviennent aux établissements sans générer de coûts supplémentaires significatifs. Nous sommes conscients que certains produits locaux ont des limitations de production et de distribution, ce qui représente un défi logistique. C’est pourquoi notre stratégie consiste à établir un réseau commercial qui relie directement les producteurs aux établissements touristiques, facilitant l’accès à des produits frais et de qualité et soutenant l’économie locale sans que cela n’implique une augmentation des coûts qui pourrait décourager leur utilisation.
Les projets d’investissement social sont sélectionnés en fonction de leur capacité à générer un impact positif sur la communauté, en particulier dans les petites populations et les zones rurales. Nous recherchons des initiatives qui intègrent le tourisme dans la vie de la communauté, comme des itinéraires de bénévolat, des signalements de chemins, l’amélioration de chapelles ou de points de vue, ou des activités qui favorisent la participation citoyenne. Pour mettre en lumière ces réussites, nous organiserons une cérémonie de remise de prix à Huesca qui mettra en avant les projets les plus réussis en termes sociaux, l’adoption de la philosophie du kilomètre zéro et la mise en œuvre du décathlon des bonnes pratiques.
Il a été mentionné la formation en leadership durable. Quelles compétences concrètes sont prioritaires pour que le changement ne reste pas seulement théorique ?
La formation en leadership durable se concentre sur la transmission que la durabilité n’est pas un luxe, mais une attente croissante des clients et un besoin pour l’avenir du secteur. Nous priorisons des compétences liées à la durabilité environnementale, sociale et économique, assurant que les responsables du secteur puissent intégrer ces dimensions dans leur gestion quotidienne. Nous travaillons également pour que les standards de qualité et les bonnes pratiques soient maintenus de manière continue, pas seulement pendant la durée du plan. L’éducation et la sensibilisation sont fondamentales : nous commençons par les jeunes, favorisant que la durabilité s’intègre comme une valeur culturelle et sociale influençant la prise de décision et le comportement tant des professionnels que des visiteurs.
Vous avez mentionné que le plan est un effort commun entre le Gouvernement d’Aragon et la CEHTA. Quels enseignements ont déjà émergé de cette collaboration qui pourraient servir de modèle pour d’autres secteurs ?
La collaboration public-privé a prouvé l’importance d’une communication fluide et d’une participation active du secteur. Tandis que l’administration établit le cadre législatif et régule les normes, le secteur définit des lignes directrices pratiques et supervise la mise en œuvre. Les réunions mensuelles permettent d’évaluer les progrès et d’apporter des ajustements, favorisant un apprentissage continu. Ce modèle montre que la combinaison de normes et de pratiques, accompagnée d’un dialogue constant, peut être réplicable dans d’autres secteurs où la coopération entre régulateurs et professionnels est essentielle pour atteindre des résultats durables et efficaces.
La clé réside dans la sensibilisation et l’éducation. Nous cherchons à impliquer les citoyens et les touristes dans des expériences qui valorisent le patrimoine culturel, les traditions et les territoires, montrant comment le tourisme peut générer des bénéfices tangibles pour tous. Nous voulons que le tourisme soit perçu comme un moteur social et économique.










