De l’ancien président ibéro-américain au flamenco : des voix débattent du pouvoir global de l’espagnol

Un ancien président de l’Équateur et spécialiste de la négociation internationale. L’un des principaux chercheurs espagnols sur l’Amérique latine. Des chefs d’entreprise et des éditeurs. Des responsables institutionnels, juristes, journalistes culturels et un chanteur de flamenco récompensé d’un Grammy latin. Le IVe Foro Nacional de la Cultura réunira le 2 octobre prochain à Madrid des profils très différents autour d’une même question : quelle est la capacité de l’espagnol à générer une influence politique, économique et culturelle dans le monde ?

La rencontre, organisée par la Fundación Cultus dans le cadre de la Semaine de l’Hispanité, se tiendra au Colegio de Ingenieros de Caminos, Canales y Puertos. Son programme s’articule autour de trois tables rondes — géopolitique, économie et rayonnement culturel — ainsi que d’un échange spécifiquement consacré à l’Hispanité.

Plutôt que de réunir des spécialistes d’une seule discipline, le Forum a choisi de croiser les expériences. C’est là l’une des caractéristiques de cette quatrième édition : réunir autour de l’espagnol des personnalités qui ont travaillé avec cette langue dans les domaines de la politique internationale, de l’analyse académique, des médias, de l’entreprise ou de la création artistique.

Jamil Mahuad et Carlos Malamud : l’Amérique latine sur l’échiquier international

La première table ronde, L’espagnol comme vecteur de leadership et d’influence mondiale, adoptera une perspective résolument latino-américaine. L’un de ses principaux intervenants sera Jamil Mahuad, président de l’Équateur entre 1998 et 2000, après avoir été maire de Quito pendant six ans. Son parcours ultérieur s’est particulièrement orienté vers l’étude et l’enseignement de la négociation et du leadership.

La Harvard Kennedy School compte actuellement Mahuad parmi ses enseignants en formation exécutive au leadership et à la négociation et souligne son rôle de cofondateur et de conseiller principal du Harvard International Negotiation Program. C’est également sous sa présidence qu’a été signé l’accord de paix définitif entre l’Équateur et le Pérou, mettant fin à un long différend frontalier entre les deux pays.

À ses côtés interviendra Carlos Malamud, chercheur principal pour l’Amérique latine au Real Instituto Elcano et professeur d’histoire de l’Amérique à l’UNED. Docteur en histoire de l’Amérique de l’Universidad Complutense, il a commencé sa carrière universitaire par l’étude de l’histoire économique coloniale avant de se spécialiser dans l’histoire politique latino-américaine des XIXe et XXe siècles ainsi que dans les relations internationales de la région.

Sa présence apporte au Forum une perspective particulièrement liée aux relations entre l’Espagne et l’Amérique latine. Ses domaines de recherche comprennent notamment les processus d’intégration régionale ainsi que les relations Espagne-Amérique latine et Union européenne-Amérique latine.

Cette table ronde sera complétée par Gilberto Carrasquero, avocat et politologue vénézuélien titulaire de diplômes de troisième cycle de Stanford et Harvard, tandis que le journaliste Manuel Campo Vidal en assurera la modération.

Cette approche permettra ainsi de confronter trois regards distincts sur un même espace : l’expérience gouvernementale et de négociation internationale de Mahuad, l’analyse académique de Malamud et l’approche juridique et politique de Carrasquero.

De l’analyse géopolitique à un échange sur l’Hispanité

Entre les deux premières tables rondes, le programme prévoit un espace dans un format différent. La rencontre intitulée Tertulia à deux voix abordera l’Hispanité comme une communauté culturelle construite autour d’une langue partagée.

Le programme actuellement publié par l’organisation annonce la participation d’Emilio del Río Sanz et de Miguel Ángel Cortés Martín. Cortés a été secrétaire d’État à la Culture entre 1996 et 2000, puis secrétaire d’État à la Coopération internationale et à l’Ibéro-Amérique entre 2000 et 2004.

La conversation posera une question qui traverse toute la journée : dans quelle mesure une langue partagée peut-elle également constituer un espace commun lorsque ceux qui la parlent appartiennent à des sociétés, des pays et des réalités politiques très différents ?

Chefs d’entreprise et éditeurs pour mesurer la valeur économique de l’espagnol

La deuxième table ronde changera de perspective. Alors que l’espagnol sera analysé le matin sous l’angle des relations internationales, le débat se déplacera à partir de 12 h 30 vers sa dimension économique.

Eduardo Sánchez Pérez, directeur, éditeur et président du magazine ¡HOLA! ainsi que responsable du groupe éditorial, participera à un échange dans lequel les médias et les industries culturelles apparaissent comme l’une des expressions les plus visibles de la capacité de l’espagnol à franchir les frontières.

Il sera rejoint par Hilario Alfaro, directeur général d’Alfaro 1926 et fondateur et président de Madrid Foro Empresarial. Sa participation apportera la perspective des entreprises à une table ronde conçue pour examiner comment une communauté linguistique peut faciliter les relations commerciales, l’innovation, le tourisme, l’éducation et les industries culturelles.

La version actuelle du programme inclut également Paula Jiménez Tamayo et Alfonso Serrano, secrétaire général du Partido Popular de Madrid, sénateur désigné par l’Assemblée de Madrid et vice-président du groupe parlementaire populaire à l’Assemblée madrilène. La modération sera assurée par José Luis Latorre Martínez, dirigeant spécialisé dans la gestion d’entreprise, l’innovation et la transformation numérique.

La diversité des profils permet de ne pas limiter l’échange au volume économique généré directement par la langue. La question de fond est plus large : que représente, pour les entreprises, les médias, les institutions et les professionnels, la possibilité de s’adresser à un espace linguistique réparti entre l’Europe et l’Amérique et de plus en plus présent dans d’autres territoires ?

Arcángel, Jesús García Calero et la culture comme rayonnement international

La dernière table ronde sera probablement celle qui réunira les profils les plus hétérogènes. Littérature, journalisme, patrimoine, création artistique, administration et droit se rencontreront dans La création artistique comme expression d’une culture universelle.

Parmi les intervenants figurera Arcángel, l’une des voix contemporaines du flamenco espagnol. Son parcours comprend le Grammy latin du meilleur album de musique flamenca pour Al Este del Cante, décerné en 2018.

À ses côtés interviendra Jesús García Calero, directeur d’ABC Cultural et rédacteur en chef de la rubrique Culture d’ABC. Journaliste et écrivain, il a consacré une grande partie de sa carrière professionnelle à l’histoire, au patrimoine et à l’archéologie sous-marine. Sa présence apportera à la table ronde une autre dimension du rayonnement culturel : non pas la création elle-même, mais la manière dont le patrimoine, la littérature ou les arts sont expliqués et diffusés par le journalisme.

Judith Piquet, maire d’Alcalá de Henares et présidente de la Federación de Municipios de Madrid, interviendra également. Sa participation revêt une signification particulière en raison des liens d’Alcalá avec l’histoire de l’espagnol et avec Miguel de Cervantes.

Le quatrième intervenant annoncé est le juriste Javier Cremades, fondateur et président de Cremades & Calvo-Sotelo et président de la World Jurist Association. La table ronde sera modérée par Esther Ciudad, présidente de la Fundación Cultus et directrice du Foro Nacional de la Cultura.

Une même langue envisagée à travers des expériences très différentes

Le programme du IVe Foro Nacional de la Cultura dessine ainsi un parcours délibérément transversal. Mahuad peut évoquer l’espace ibéro-américain à partir de son expérience présidentielle et de la négociation ; Malamud, à partir de plusieurs décennies de recherche sur l’Amérique latine ; Sánchez Pérez et Alfaro, à partir de l’activité entrepreneuriale et éditoriale ; García Calero, à partir du journalisme culturel ; et Arcángel, à partir d’une expression artistique dont la diffusion internationale a largement dépassé ses frontières d’origine.

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