Mar Romera : « Les enseignants ont le pouvoir de transformer la vie de leurs élèves »

La pédagogue et psychopédagogue Mar Romera, référence en éducation émotionnelle, sera chargée de donner la conférence inaugurale «Éducation émotionnelle et émotive» lors du Sommet Éducation Infantile 0-6, qui se déroulera le 27 septembre au Palais des Congrès de Huesca. Romera est la créatrice du modèle pédagogique «Éduquer avec trois Cs : Capacités, Compétences et Cœur», sur comment transformer l’enseignement dès les premières années de la vie ; et auteure de plusieurs livres sur l’enfance et la didactique active.

Dans cette conférence, Romera analyse comment les émotions, la créativité et le soin intégral des élèves deviennent des moteurs de l’apprentissage. De plus, elle met en garde contre la nécessité de repenser l’éducation infantile, plaçant l’enfant au centre et soulignant le rôle essentiel des enseignants dans la construction d’écoles plus humaines, inclusives et capables de répondre aux défis du XXIe siècle.

À Huesca, elle présentera la conférence inaugurale «Éducation émotionnelle et émotive». Pourrait-elle nous donner un avant-goût de ce dont il s’agira et ce qu’elle espère transmettre au public lors de cette intervention ?«Eh bien, le titre en dit déjà beaucoup sur ce dont il s’agira, logiquement, et ce que l’on espère transmettre au public, c’est la nécessité d’avoir un regard particulier sur les petits, sur les enfants, lorsque nous parlons de leur éducation et de l’accompagnement durant la période la plus importante de la vie. Il est évident qu’actuellement, l’intelligence pour l’éducation émotionnelle est à la mode. Des milliers de programmes apparaissent, mais c’est aussi un terme relativement nouveau : ‘intelligence émotionnelle’ a été introduit en 1990, et il y a beaucoup trop de théories autour avec énormément de bruit».

«Le sens de l’école n’est pas exclusivement l’enseignement ni uniquement l’apprentissage. L’école doit aussi prendre soin.»

«Nous n’apprenons pas à vivre avec elles, à les réguler, à les connaître, à les identifier, à différencier la peur de la colère, ou à comprendre que la peur et la colère sont absolument nécessaires à la survie. Il n’y a pas d’émotions positives ou négatives ; toutes sont des réponses adaptatives pour la survie et toutes sont absolument nécessaires».

Vous êtes l’une des grandes références en pédagogie émotionnelle et également en politiques d’égalité. Comment se traduit cette «vision transformationnelle du rôle des émotions dans l’apprentissage» dans la pratique éducative au quotidien ?«Tout ce qui vous fait ressentir quelque chose laisse une empreinte dans votre processus d’apprentissage. Prendre en compte la personne dans sa totalité, comment elle ressent, comment elle vit, ce qui l’impacte, ce qui suscite sa curiosité et ce qui la surprend, c’est connaître les personnes. Je ne peux pas intervenir dans le processus éducatif d’un enfant si je ne le connais pas, car l’éducation devrait être exclusive à chaque personne ; c’est un pas au-delà de l’inclusivité».

Le Sommet s’organise sous le slogan «Innovation, émotion et créativité pour transformer l’apprentissage». Quel rôle jouent ces trois piliers dans le développement des enfants de 0 à 6 ans ?«Dans le cas de l’innovation, c’est un autre slogan à la mode : innovation, transformation, c’est indispensable comme dans tout type d’entreprise ; soit vous changez, soit vous disparaissez. Mais changer ne signifie pas inclure davantage de choses dans l’école. Nos enfants ne peuvent plus. Apporter des ordinateurs à l’école n’est pas innover, et fournir divers supports d’information ne l’est pas non plus».

«Cela ne concerne pas d’avoir plus de ressources… Cela concerne si l’enseignant va bien, s’il se sent bien, s’il est construit et équilibré. Le reste viendra tout seul.»

En tant qu’experte en intelligence émotionnelle, quelle importance a cette approche dans l’enfance et quels outils les enseignants devraient-ils avoir pour l’appliquer en classe ?«Elle a une importance considérable. Évidemment, l’admiration comme émotion de base est l’une des… l’admiration et la sécurité sont les piliers fondamentaux qui mèneront à ce que l’école et l’éducation infantile ou l’éducation obligatoire soient réussies pour la personne».

Dans une étape aussi décisive que l’éducation infantile, comment les émotions peuvent-elles devenir un moteur d’apprentissage sans négliger les contenus curriculaires ?«En ce moment, nous parlons de contenus curriculaires, parce que l’entretien a ce contenu. Et que fais-tu ? Sans curiosité ? Sans sécurité ? Sans peur de mal répondre ? Ce n’est pas une question de l’étude d’une chose par rapport à une autre ; il s’agit de se connaître, de construire notre propre auto-concept et, à partir de là, de profiter de la structure du développement et des capacités qui nous mènent à une bonne estime de soi».

De votre expérience, comment évaluez-vous l’état actuel de l’éducation infantile en Espagne ? Quels progrès souligneriez-vous et quels défis considérez-vous comme urgents ?«Je considère que l’éducation infantile en Espagne survit, même si nous avons un problème fondamental : nous n’avons pas d’enfants. C’est un problème grave que nous devrions analyser davantage dans les médias et dans la société. L’éducation infantile est l’une des étapes les plus importantes, lorsque les petits construisent leurs piliers fondamentaux, surtout au niveau émotionnel, et l’école peut être leur grand allié ou tout le contraire. Notre corps enseignant, en général, ne va pas bien. Il suffit de voir les taux d’absentéisme et les arrêts de travail pour problèmes de santé mentale. Il ne nous manque pas de ressources ; nous avons trop de bureaucraties, de papiers, de protocoles et de normes. L’Administration a considéré ces obstacles comme des ressources, et ce ne sont pas des ressources. L’éducation est endommagée et souffrante, et les parents arrivent à l’école en croisant les doigts, espérant que leur enfant ait le bon enseignant».

Vous défendez le modèle pédagogique des trois Cs : Capacités, Compétences et Cœur. Qu’apporte cette approche à l’éducation émotionnelle dans les premières années ?«Cette approche n’apporte pas seulement à l’éducation émotionnelle, elle apporte au système complet. Ce n’est pas de l’éducation émotionnelle, c’est la transformation intégrale d’un centre éducatif. Nous partons d’abord de la vision que l’enfant est au centre, de ses capacités et de ses potentiels. Si un élève a un potentiel communicatif incroyable, car son intelligence linguistique est élevée et il va devenir un grand journaliste ou communicateur, pourquoi lui faire perdre une grande partie de ses rêves en tentant de se former à la pensée mathématique ou à la perception visuelle ? L’école devrait découvrir les forces de chaque petit et, à partir de là, offrir une culture générale pour que chaque personne trouve son meilleur chemin vers l’épanouissement».

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